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Daech en Irak : l'étau se resserre (Ministre de la Défense)
iraq © US

Daech en Irak : l'étau se resserre (Ministre de la Défense)

Je pense, pour ma part, qu’il faut à tout prix frapper Daech au cœur, car, ainsi, on frappe à la fois l’armée terroriste, les capacités de planification et de projection, mais également les capacités de propagande du califat virtuel, qui a besoin pour ce faire d’infrastructures, toutes localisées sur le même territoire. Parallèlement, la coalition doit elle-même développer une contre-offensive de communication stratégique, afin de montrer à tous ceux qui sont susceptibles de recevoir ses messages que Daech est ce qu’elle est et subit des revers. J’ai déjà eu l’occasion de développer ces principes devant vos deux commissions, mais je voulais les articuler dans un discours que j’espère complet et cohérent.

Qu’en est-il de la situation militaire aujourd’hui ? Qu’envisageons-nous ? J’évoquerai avant tout le Levant, avant de répondre au président Raffarin sur le cas de la Libye. Ensuite, évidemment, je dirai quelques mots de l’opération Sentinelle, et nous pourrons discuter très librement, comme nous le faisons lors de toutes nos rencontres.

Soixante pays soutiennent la coalition contre Daech, mais trente-cinq en sont effectivement les acteurs, du Danemark à l’Irak, en passant, entre autres, par le Koweït, la Jordanie et l’Égypte. Ces trente-cinq pays acteurs étaient tous représentés, par leurs ministres de la Défense, à la réunion de Washington, la semaine dernière, qui faisait suite à une initiative française. Au mois de janvier dernier, j’avais effectivement souhaité réunir à Paris les ministres de la défense des principaux contributeurs de la coalition afin de pouvoir parler ensemble des actions de défense liées à la coalition : l’absence de telles discussions me semblait en effet un handicap en termes de communication, de cohésion et d’action. La réunion de Paris a été suivie de deux autres, à Stuttgart puis à Bruxelles. La rencontre de la semaine dernière s’inscrit donc dans leur prolongement ; elle s’en distingue cependant par le fait que la réunion des ministres de la Défense était suivie, le deuxième jour par une réunion commune des ministres de la Défense et des ministres des Affaires étrangères.

En termes de situation opérationnelle, les cartes que nous allons vous projeter le montrent, une constante se dégage : il ne s’agit plus d’un simple recul de Daech sur l’ensemble des fronts, on constate bel et bien une accélération du tempo même de ce recul.

Ainsi, la ville de Falloujah a été libérée il y a peu de temps, notamment grâce à l’action d’une brigade irakienne dont nous assurons une bonne partie de la formation, l’Iraqi Counter Terrorism Service (ICTS). Certains d’entre vous ont pu rencontrer nos formateurs à Bagdad, qui font un très bon travail. L’ICTS a joué un rôle déterminant pour la libération de cette ville, non loin de Bagdad, qui fut la première prise par Daech, il y a deux ans : c’est dire son importance symbolique.

À Qayyarah, à moins de soixante kilomètres de Mossoul, c’est l’ensemble de la rive ouest qui est tombé, la semaine dernière, sans réelle résistance de Daech. C’est très important, puisque s’y trouve une base aérienne, reprise du même coup. En ce moment même, les combats se cristallisent sur les points de franchissement du Tigre. Cette victoire a été acquise, elle aussi, par les forces irakiennes.

Dans la province d’Al-Anbar, Daech a perdu le contrôle de la région d’Al-Dulab, sa dernière emprise au sud de l’Euphrate. Avec une rapidité que l’on n’imaginait peut-être pas, la présence de Daech sur le territoire irakien se réduit, sous l’action combinée des forces irakiennes et des forces kurdes du Gouvernement régional du Kurdistan d’Irak (GRK). J’avais eu l’occasion d’évoquer des victoires antérieures lors de mes précédentes auditions, mais, depuis celles-ci, au début du mois de juillet, le mouvement s’accélère.

Parallèlement, Daech recule également du côté syrien, notamment à Manbij. J’avais eu l’occasion, très en amont, de souligner l’importance de ce lieu, entre la Syrie et la Turquie, pour le contrôle des flux. Si Manbij tombe et que l’ensemble de la zone est libéré, un contrôle beaucoup plus strict sera possible sur ce qui peut être un espace de porosité majeur ; en zone kurde, il est beaucoup plus difficile de passer, nonobstant les caractéristiques géophysiques du territoire. Manbij est un nœud essentiel. Le rapport de force y est certes moins avantageux pour les forces démocratiques syriennes, composées de Kurdes et de leurs alliés arabes, qu’il ne l’est pour les Irakiens à Falloujah, mais, l’étau se resserre sur les combattants de Daech, encerclés vers le centre-ville. Selon les informations les plus sûres que nous ayons aujourd’hui, 1 500 combattants de Daech auraient déjà été tués dans cette offensive, et les forces concernées sont à 500 ou 600 mètres du centre. Tout nous laisse à penser que Manbij va tomber.

Si, sur le plan militaire, la situation évolue plus positivement que ce que nous prévoyions, il n’en est pas de même au niveau politique où les avancées sont beaucoup plus limitées. La fragilité politique du gouvernement de M. al-Abadi nous inquiète, et la situation sécuritaire reste dégradée à Bagdad : les attentats sont quotidiens, et ce sont des attentats majeurs – nous l’avons vu la semaine dernière. Le gouvernement irakien est soumis à de nombreuses pressions, qu’il s’agisse des manifestations d’ampleur des partisans chiites de Moqtada al-Sadr, des pressions iraniennes ou même des dissensions au sein des partis kurdes. Nous pensons néanmoins, comme l’ensemble de la communauté internationale, qu’il faut soutenir les réformes entreprises et l’action du Premier ministre al-Abadi. Seule l’instauration d’un État stable et inclusif dans lequel les minorités – sunnite, kurde, chrétienne, yézidie ou autres – trouveront leur place pourra empêcher, sur le long terme, la résurgence de Daech dans la région.

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