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BREXIT: Les relations franco-britanniques
Jean-Yves le Drian et Philippe Hammond © Defgouv

BREXIT: Les relations franco-britanniques

Le Royaume-Uni quitte l'Union européenne, mais le Royaume-Uni reste en Europe !

 

Notre voisin – vieille puissance insulaire – a décidé par la voix de son peuple, de quitter l'Union européenne. Un départ qui n'en remet pas en cause sa position géographique, et donc sa politique de proximité avec ses voisins. Comme l'illustre l'histoire universelle des cités, les Etats ont la politique de leur géographie. Les échanges entre Britanniques et membres de l'UE vont donc bien se poursuivre, même s'ils doivent prendre d'autres formes.

 

Mais quel état des lieux pour les accords bilatéraux entre la France et la Couronne ?

 

Avec la fin des guerres d'Afghanistan et d'Irak, les armées du Royaume-Uni et de la France ont subi de larges réformes, induisant un accroissement des politiques bilatérales d'entente cordiale en matière de Défense. Les prémisses remontent aux discussions des premières années Sarkozy, qui se sont concrétisées par la signature des accords de Lancaster House avec le Premier ministre britannique, David Cameron. 

Quelle forme avaient pris ces accords, aussi dénommés « Traité de Londres » ?

Ces accords avaient pour objectif d'améliorer la coopération franco-britannique. Cela devait passer par la mise en vigueur de formations communes (formation SAR pour les pilotes d'hélicoptères par exemple, qui concerne la Recherche et Sauvetage en zone hostile), d'entrainements, d'opérations (présence de frégates de reconnaissance avec le Groupe aéronaval français lors de l'opération Chammal), de compétitions (un commando parachutiste du CPA30 a raflé récemment le titre d'une compétition réservée aux tireurs d'élite), mais aussi de projets industriels.

 

Si l'on en croit le communiqué qui avait été publié en cette journée du 4 novembre 2010, la volonté des deux parties était de proroger l'unité des tuniques bleues et rouges face aux nouveaux défis du XXI siècle : « Nous [France et Royaume-Uni] sommes déterminés à jouer un rôle leader en matière de sécurité et de défense. La sécurité et la prospérité sont indissociables. C'est pourquoi nous investissons, à nous deux, la moitié des budgets de défense des pays européens et les deux tiers des dépenses de recherche et de technologie (…). La nécessité de faire face ensemble à de nouveaux défis tels que la prolifération des armes de destruction massive et des missiles balistiques, le terrorisme, les cyberattaques... ».

 

13 domaines étaient particulièrement visés par les deux partenaires, dont la résultante devait s'introniser parfaitement avec les objectifs de l'OTAN. 13 domaines dont bon nombre sont restés à l'état de chimères manuscrites :

  • Le nucléaire : la France et le Royaume-Uni prévoyaient l'installation à Valduc (France) d'un centre de recherche où serait « modélisée la performance des têtes nucléaires et des équipements associés » afin de confirmer la viabilité, la sécurité, la sureté à long terme de ces dernières.

  • Création d'une force expéditionnaire commune interarmées ;

  • Porte-avions : coordination et coopération des groupes maritimes (horizon 2020 avec la présence des trois porte-avions).

  • Programme A400M : formation commune en matière de techniques (simulateur de vol) et d'intériorisation des procédures opérationnelles.

  • Forces sous-marines stratégiques : développer des équipements et technologies pour la prochaine génération de sous-marins nucléaires.

  • Harmonisation des systèmes anti-mines.

  • Projet de satellites de communication commun.

  • Projet de ravitailleur en vol commun (Tanker).

  • Drones : partager les couts de développement, de soutien et de formation pour la prochaine génération de drones MALE.

  • Projet de missiles antisurface.

  • Cyber-attaques : renforcer la résilience des systèmes nationaux et communs.

  • Lutte contre le terrorisme : partage des informations.

  • Encourager une coopération plus étroite entre l'UE et l'OTAN.

Certaines de ces ébauches ont abouti, se matérialisant par des démonstrateurs (missile anti-surface ; drone), d'autres ont eu du plomb dans l'aile (A400M ; Porte-avions ; A400M ; Cyberdéfense...) vacillant selon les fonds et les besoins.

 

Pour poursuivre sur les avancées mutuelles des deux vieilles nations, de 2010 à 2014, trois sommets se sont tenus dans la foulée des accords de Lancaster house, afin de matérialiser les ambitions industrielles et opérationnelles issues des volontés.

Le troisième de ces sommets qui s'est tenu le 31 janvier 2014 à Brize Norton (base de l'aviation de transport britannique) a été l'objet d'apports financiers sans commune mesure.

En présence du Président de la République, François Hollande, du Premier ministre britannique David Camerone, et des deux ministres de la Défense Jean-Yves le Drian et Philip Hammond, une déclaration d'intention relative au « lancement de la phase de faisabilité du système de combat aérien du futur (SCAF/FCAS) » a été signé afin d'intensifier les travaux préparatoires réalisés par la DGA et le DE&S.

Une rencontre marquée également par le financement de deux anciens vœux du Traité de Londres (2010) : le programme de missiles anti-navires (ANL) qui doit doter les hélicoptères d'une capacité de destruction (patrouilleurs, vedettes rapides) et de lutte contre la piraterie ; ainsi que la délimitation d'une étude sur un démonstrateur de drone maritime MMCM de lutte contre les mines marines (le projet MMCM vise à renouveler la capacité de lutte contre les mines navales. Il s’intègre dans le programme français de système de lutte anti-mines navales futur (SLAMF) qui s'appuie sur des drones de surface ou sous-marins).

 

Enfin, en mars 2016 à Amiens, la France et le Royaume-Uni ont déclaré communément avoir finalisé un investissement commun de « plus de 2 milliards d'euros » pour le programme commun de fabrication de drones militaires. Cela devrait aboutir à la réalisation d'un démonstrateur opérationnel de drone de combat d'ici à 2025, impliquant les industriels BAE System, Selex ES, Rolls Royce coté britannique, et Dassaut, Snecma et Thales pour la partie française. Un projet qui bénéficiera des retombées du démonstrateur d'avion sans pilote Neuron et du programme britannique Taranis.

 

 

En bref, les projets, au-delà des symboles politico-médiatiques, prennent de l'envergure notamment dans le domaine des avions sans pilotes. Le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne ne devrait pas avoir de grands impacts sur les problématiques de Défense. Il pourrait même accentuer les désirs de programmes bilatéraux toujours plus nombreux, dont on reconnaît au sein des instances armées qu'ils ont l'avantage d'aboutir plus aisément que les plans à 27 (ou 28).

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