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Budget : l’équation devient de plus en plus difficile
François Cornut-Gentille a l’hémicycle. © DR

Budget : l’équation devient de plus en plus difficile

Député UMP de la Haute-Marne, Maire de Saint-Dizier, François Cornut-Gentille, membre de la commission des finances, est l’un des grands spécialistes des sujets défense au sein de l’Assemblée Nationale.


Alors que la révision de la LPM va être bientôt lancée, selon vous, le budget de la Défense est-il menacé ?
Le budget de la Défense de 31,4 Md€ était déjà prévu au plus serré. Considérant la diminution des déflations et la multiplication des opérations extérieures et intérieures, l’équation devient de plus en plus difficile.
Je ne fais là que constater un fait. Mais ce qui est le plus regrettable, c’est que ce fait est évident depuis 2014. Il n’a pas été anticipé. La situation sécuritaire de la France est devenue exceptionnelle. Les déclarations de François Hollande sont très ambiguës. Lors de ses vœux aux armées, lorsqu’il annonce la diminution des déflations, il aurait dû prévenir des conséquences budgétaires.
D’autant plus que les 31,4 Md€ commençaient déjà à être grignotés par le rapport de force classique entre les ministères des Finances et de la Défense. Il n’y a aucune transparence de la part de l’exécutif.
D’autant plus nous allons devoir passer une marche supérieure pour financer ces gels de déflations, que nous estimons autour de 1 et 1,5 Md€.
Ce débat budgétaire va être malheureusement dilué dans quelques semaines, dans l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM). Le sujet est central et mérite une discussion plus approfondie. Et compte tenu des enjeux budgétaires, les Français, à travers la représentation nationale, doivent être consultés.

Vous évoquez une situation exceptionnelle, pensez-vous que la France doive reconsidérer ses menaces, réviser son Livre blanc ?
Outre un débat budgétaire approfondi, il y a un second débat tout aussi important : Quelle doit être notre Défense aujourd’hui ? L’exercice du Livre blanc est une bonne chose, il est même indispensable. Mais les schémas sont, dans ce type d’exercice administratif, par définition extrêmement conservateurs : nous sommes dans la surprise stratégique ! Il faut revoir le Livre blanc et l’adapter, en même temps que notre diplomatie. Les conflits traditionnels sont-ils toujours écartés ? Quelle sera l’évolution de la Russie dans dix ou quinze ans ? Quelle est notre stratégie en Afrique ? Notre outil de défense a besoin de s’appuyer sur une vision stratégique que j’ai du mal à discerner… L’impression qui domine aujourd’hui est que le gouvernement est dans la réactivité et non dans la construction. Il est facile pour Bercy d’avoir une approche budgétaire à très court terme quand la Défense n’a pas de vision à long terme.

Que pensez-vous du recours aux sociétés de projet (SPV) pour boucler le budget 2015 ?
Les sociétés de projet sont une construction à court terme car la Défense est gérée au jour le jour. C’est un moyen palliatif de résoudre l’équation budgétaire d’une défense en manque de projet.

Quels dangers présentent-elles ?
Tout d’abord leur coût, en termes d’assurance ou de fonctionnement. Ces petites économies à court terme vont coûter cher sur le long terme. Sans parler des problèmes juridiques. Ces sociétés sont en réalité des PPP (partenariat public-privé). Or les PPP n’ont jamais été un modèle probant…
Mais, au fond, pourquoi pas, si elles sont bien négociées, cela peut être un modèle intéressant. Le problème est que l’argumentaire de la Défense sur les SPV semble se construire au jour le jour… Il est contradictoire et ne cesse d’évoluer, cela nous questionne !
Ainsi, d’un côté le DGA nous assure qu’il s’agit d’une façon de récupérer les 2,2 Md€ qui manquent et que le capital sera purement étatique. Or le ministre de la Défense déclare en parallèle qu’elles seront rapidement ouvertes aux capitaux privés ! L’impression de bricolage règne.


Et des voix s’élèvent avançant d’autres solutions que le recours à ces SPV…
Oui, le président de la commission, Gilles Carrez, évoque d’autres solutions. Ce qui pose un problème de méthode : face à une difficulté, il faut mettre toutes les solutions sur la table.
Or, dans cette affaire, on a l’impression que certaines solutions envisageables sont d’entrée écartées…
Nous assistons à une démarche étonnante à la fois de la part de Brienne qui tâtonne et de Bercy, qui n’a pas envie de ces SPV, mais ne semble pas avoir travaillé sur d’autres solutions. Chacun joue un jeu étrange : ceux qui veulent ces SPV ne l’exposent pas clairement et ceux qui n’en veulent pas, ne présente pas d’autre solution ! Tandis que le Premier ministre et le président de la République, qui demeurent muets, nous plongent dans une certaine perplexité…

Retrouvez l'intégralité de cet interview réalisée par l'hebdomadaire Air & Cosmos  dans le numéro 2448 du 10 avril 2015.

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