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Interview Jacques Gautier sur l'actualisation de la LPM
Jacques Gautier, est vice-président de la commission défense du Sénat © DR

Interview Jacques Gautier sur l'actualisation de la LPM

L’actualisation de la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2015-2019 vient d’être adoptée. À cette occasion, nous avons interviewé Jacques Gautier, Sénateur-Maire de Garches, l’un des meilleurs connaisseurs des questions de Défense au Sénat. Corapporteur pour l’équipement des Forces de la LPM, il est vice-président de la Commission des Affaires Étrangères, de la Défense et des Forces Armées. Il revient pour nous sur les avancées du texte qui fixent les moyens de la Défense pour les quatre années à venir.

La loi qui vient d’être votée actualise la programmation militaire qui avait été actée il y a deux ans. Quelles en étaient alors les faiblesses ?


Le texte initial de la loi de programmation militaire (LPM) date d’octobre 2013. Nous l’avions alors qualifié « de moins mauvais possible », dans le cadre d’un budget trop serré.
Les faiblesses que nous avions relevées concernaient en particulier :
● la poursuite de la déflation des effectifs, aboutissant à un format de nos armées insuffisant ;
● les incertitudes sur les ressources exceptionnelles (REX), au premier rang desquelles la vente de fréquences hertziennes dont les cessions étaient inenvisageables dans les délais, retardant d’autant les commandes d’équipements.
Deux ans après, le contexte a changé, qu’il s’agisse de la crise ukrainienne, des attentats de janvier ou de la menace de Daech. Le terrorisme frappe à notre porte. Cette actualisation, que nous appelions de nos vœux, était nécessaire.



L’actualisation qui vient d’être votée répond-elle à ces faiblesses ?


Globalement, oui. Du point de vue des déflations, 18 750 postes sont sauvegardés. Si l’armée de Terre, avec l’opération Sentinelle, en est la principale bénéficiaire, la réduction de la déflation profite aussi au renseignement, à la cybersécurité et aux autres armées.
Ensuite, les REX, qui ont donné lieu à un vrai bras de fer entre le ministère de la Défense et celui des Finances, ont été transformées en crédits budgétaires. Cela concerne la vente des fréquences et c’est une réelle satisfaction.
Mais nous devons être vigilants. Il reste environ 900 M€ de REX sur quatre ans, issus des cessions immobilières, dont l’îlot Saint-Germain, et des garanties doivent être obtenues.
En ce qui concerne les opérations extérieures (opex), qui sollicitent énormément nos forces, nous aurions souhaité aller plus loin. Je vous rappelle que seulement 450 M€ sont prévus au budget de la Défense pour les opérations ; au-delà, la réserve interministérielle prend à sa charge le dépassement.
Nous avions amendé le texte pour que la Défense ne finance pas les 19 % qu’elle apporte à cette réserve.

Les opérations extérieures révèlent un fort besoin en avions de transport stratégique mais aussi tactique. L’A400M se fait attendre. Le projet de loi prévoit l’acquisition de quatre C-130 américains supplémentaires. Est-ce justifié ?


L’A400M est un excellent avion qui apportera beaucoup à nos opérations. Il connaît quelques problèmes de jeunesse qui seront, j’en suis persuadé, bientôt résolus. Je crois que ce programme réussira à l’export.
En ce qui concerne les capacités de transport tactique, les C-160 sont à bout de souffle et les C-130 affichent une disponibilité très limitée, due notamment à leur revalorisation. Le besoin en opérations est réel. L’actualisation de la LPM prévoit la rénovation de l’avionique des C-130, ainsi que l’armement de deux d’entre eux pour les forces spéciales. Elle prévoit l’étude de la commande de quatre C-130, soit des C-130H d’occasion soit des C-130J neufs.
J’ai demandé que les autorités françaises adressent très vite une Letter of Request aux autorités américaines car nos besoins sont urgents. Il faudra que deux des quatre appareils soient équipés du kit de ravitaillement en vol d’hélicoptères pour donner de l’allonge à nos forces spéciales.

L’Alat (Aviation légère de l’armée de Terre) est également très sollicitée en opérations, voire parfois à flux tendus. L’actualisation répond-elle à ses préoccupations ?


Je me félicite tout d’abord de la décision de l’armée de Terre de créer une brigade d’aérocombat autour du 5e RHC (régiment d’hélicoptères de combat). L’actualisation de la LPM prévoit l’achat de sept hélicoptères d’assaut Tigre supplémentaires et de six NH90 Caïman.
La loi répond également à la préoccupation de la disponibilité du parc d’hélicoptères, qui pose encore quelques difficultés. L’actualisation prévoit notamment l’acquisition de pièces de rechange, de lots de projection, une nouvelle contractualisation avec les industriels, ainsi qu’une nouvelle organisation du soutien. Cent cinquante maintenanciers supplémentaires vont être recrutés. Le manque de mécaniciens était une faiblesse, c’est donc une très bonne nouvelle.

Retrouvez l'intégralité de cet interview réalisée par l'hebdomadaire Air & Cosmos  dans le numéro 2462 du 17 juillet 2015

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